II) LE RACISME D'HIER A AUJOURD'HUI.
A) HISTORIQUE.
1) LES INDIENS D'AMERIQUE.
En débarquant dans le Nouveau Monde, les Européens sont confrontés à des êtres différents, jusqu'alors inconnus : les Indiens d'Amérique. S'agit-il d'humains ou d' "esclaves par nature" ? La raison économique l'emporte et signe l'arrêt de mort du peuple indien.a) Les Indiens : humains ou non-humains ?
La découverte puis la conquête de l'Amérique annonce à sa manière l'entrée dans les temps modernes. Le tournant du XV siècle est déterminant par la rencontre entre des Européens et d'autres hommes étranges. Les Européens décident alors, au nom de l'idée que ces humains-là n'en sont pas, qu'ils ne peuvent être traités qu'en esclaves ou mourir. La modernité génocidaire commence en 1492.Sont-ils seulement des hommes, ces Indiens nus? La marque de leur conversion à l'humanité ne pourra passer que par une conversion aux valeurs de l'Espagne chrétienne. Christophe Colomb écrit en 1492: "Vos Altesses doivent avoir grand joie parce que bientôt Elles en auront fait des chrétiens et les aurons instruits en les bonnes coutumes de leurs royaume". Les Indiens relatifs aux bons soins civilisateurs des conquistadors sont rapidement massacrés. Des "disputationes" opposent cependant Bartolomeo Las Casas, un prêtre dominicain reconnaissant l'humanité des Indiens, à ceux qui veulent les considérer comme des êtres non-humains, "des esclaves par nature". Le pape Paul III proclame que les Indiens sont vraiment des êtres humains. La controverse de Valladolid (1550) réunit quatorze théologiens pour étudier la nature des Indiens.
b) De l'or et des esclaves. Si les conclusions religieuses optent pour l'humanité des indiens, elles ont peu de poids face aux avidités économiques. La cupidité et la soif de l'or des Européens les dispensent désormais de toute bienveillance. Par milliers, les Indiens du Nouveau Monde sont réduits en esclavage dans les mines. Les maladies importées par les conquistadors ajoutées à la férocité des guerres de conquête achèvent la destruction de ces peuples et de leur civilisation.La célébration du cinq-centième anniversaire de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb doit aussi remettre en mémoire des moments moins glorieux.
2) L'ESCLAVAGE, LES NEGRIERS ET LE CODE NOIR.
(voir les extraits du "Code Noir")
Nantes et Bordeaux doivent leur prospérité au rôle de ports négriers et au gigantesque trafic d'esclaves qui a déporté plus de dix Millions de Noirs d'Afrique vers le Nouveau Monde.
a) Intensification de la traite des noirs.
Les nécessités économiques liées à la conquête du Nouveau Monde vont intensifier la traite des Noirs d'Afrique vers l'Amérique. Leur déportation atteint son apogée au XVIIIe siècle. On estime à plus de dix millions le nombre de Noirs déportés depuis le XVe siècle et réduits à l'esclavage. Ils sont transportés comme "bois d'ébène"(nom donné aux cargaisons d'esclaves transportées par les bateaux négriers) pour travailler dans les Antilles, en Amérique du Sud et aux États-Unis. Pendant trois siècles, la traite des Noirs ravage l'Afrique de l'Ouest, en s'enfonçant de plus en plus à l'intérieur des terres à mesure qu'augmentent les besoins. Ce piratage de l'Afrique, puis la colonisation dont elle sera victime au XIXe siècle, brisent le développement normal que ce continent aurait pu connaître.
b) Organisation d'un commerce international
Un commerce triangulaire s'établit entre ports européens, comptoirs d'Afrique et lieux de débarquement en Amérique. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, environ 100 000 à 150 000 esclaves sont vendus chaque année aux négriers européens. En trois siècles, plus de 10 millions de Noirs africains sont ainsi emmenés en esclavage dans les possessions européennes du Nouveau Monde. Environ trois millions de déportés périssent pendant la traversée. Les premiers esclaves débarquent en Amérique en 1619. Ils ont été achetés sur les côtes de l'Afrique de l'Ouest aux royaumes négriers du Benin, du Dahomey, du Congo, qui vendent aux Blancs le produit de leur razzia chez d'autres ethnies.
c) Le code noir.
C'est bien au nom de leur statut de "race inférieure", de "sous-hommes", que les Noirs d'Afrique deviennent esclaves. Dans la France pré-révolutionnaire, à l'ombre des Lumières, on élabore un code juridique pour statuer du droit de l'esclavage avec un juridisme fidèle à la qualité rationaliste française. Le Code noir, élaboré en 1685, produit du droit pour encadrer ceux qui en sont totalement privés.
La Convention abolit l'esclavage en 1794 mais le Code noir est rétabli en 1802. Il sera définitivement aboli par décret en 1848 grâce aux efforts de Victor Schoelcher (1804-1893), député de la Guadeloupe et de la Martinique.
3) LES INDIENS D'AMERIQUE DU NORD.
La grande épopée du Far West est entachée du sang des Indiens. Les Européens trouvent en Amérique une nouvelle terre d'élection. Pour s'en emparer, ils anéantissent la civilisation indienne qu'ils jugent "sauvage".
a) Rencontre et incompréhension.
Le monde des Indiens n'a jamais été compris par les conquérants, colons ou missionnaires blancs."La beauté et l'étrangeté de la terre" l'univers spirituel de l'Indien fait de respect pour les éléments de la nature, sont considérés par les Blancs comme autant de preuves de la sauvagerie des Indiens. "Les hommes de fer" portant des "bâtons de feu" fascinent les Indiens. La crainte, la peur puis la colère remplacent la curiosité devant la brutalité et la cupidité des nouveaux arrivants. Les Blancs manifestent très vite leurs intentions et détournent à leur profit la naïveté des Indiens.
b) Déclenchement des hostilités.
Les relations entre populations indiennes et colons blancs deviennent rapidement conflictuelles à mesure que progresse la colonisation européenne. La recherche de nouveaux espaces est la cause des premières guerres indiennes. Les tribus Pequots, Massachusetts, Mohawks sont anéanties à la fin du XVIIIe siècle. Anglais, Français ou Hollandais utilisent les rivalités inter-indiennes pour attaquer ceux qui s'opposent à leur présence. Les Hurons s'allient aux Français contre les Iroquois alliés aux Anglais. Les maladies des Européens deviennent l'allié providentiel des colons: les épidémies de variole déciment les tribus de façon encore plus sûre que les guerres.
c) Naissance des USA et mort des Indiens d'Amérique.
La présence française en Amérique du Nord s'efface devant la supériorité anglaise et les "quelques arpents de neige" sont abandonnés par Louis XV en 1763. Les États-Unis, affranchis de la tutelle anglaise en 1783, se lancent dans la colonisation de leur propre territoire. La conquête de l'Ouest signifie la fin de la liberté pour les nations indiennes.
La République fédérale des États-Unis encourage les nouveaux immigrants à s'installer dans le Far West. La ruée vers l'or californien provoque la venue, entre 1840 et 1860, de plus de quatre millions de colons et l'extermination des bisons des territoires de chasse indiens. C'est un mode de vie ancestral ainsi qu'un équilibre écologique qui sont détruits.
La guerre de Sécession (1861-1865) aggrave le sort des Indiens menacés par la famine. Les révoltes se multiplient, la répression embrase tout l'ouest des États-Unis. Trois cents Indiens, hommes, femmes, enfants et vieillards, sont exterminés par les troupes gouvernementales en décembre 1890. La nation indienne cesse d'exister.
4) LES NOIRS D'AMERIQUE.
En octobre 1995, une marche sur Washington rassemble près de 400 000 Noirs américains. La question noire revient au premier plan de l'actualité aux États-Unis. Cette communauté se replie sur son identité. a) De l'esclavage à Martin Luther King. L'histoire des États-Unis est indissociable de celle de l'esclavage des Noirs dans le sud de l'Union. Dès le XVIIIe siècle, le mouvement abolitionniste prend de l'essor à mesure que croissent les tensions économiques entre un Nord industriel et un Sud agricole qui a besoin des esclaves pour le travail du coton. D'importantes révoltes d'esclaves ponctuent l'histoire de la construction des États-Unis. Des alliances se sont même nouées entre esclaves noirs en fuite et Indiens, unis dans une même haine de l'homme blanc.La guerre de Sécession (1861-1865) permet l'émancipation des esclaves par Abraham Lincoln. Ils sont certes émancipés en droit mais la ségrégation sociale vient recouvrir la ségrégation raciale pour une population noire misérable. Les anciens esclavagistes se retrouvent au sein du Ku Klux Klan, société secrète fondée dans le Tennessee en 1865, destinée à terroriser les Noirs. Il faut attendre les années 1960 et les divers mouvements noirs américains, pacifistes ou violents, du pasteur Martin Luther King (prix Nobel de la paix 1964), de Malcom X (homme politique assassiné en février 1965) ou des Black Panthers, luttant pour les droits civiques, pour que égalité des droits soit enfin reconnue aux citoyens noirs américains.
b) Du melting-pot au repli communautaire.
Si l'égalité des droits est aujourd'hui formellement acquise, les différences sociales marginalisent dans d'immenses ghettos les groupes ethniques pauvres. L'Amérique du Nord voit se développer dans un climat croissant de violence urbaine une juxtaposition de communautés ethniques, pour lesquelles le melting-pot (définition caractérisant la population des Etats-Unis comme étant le mélange de ses différentes communautés ethniques.) n'opère plus. À la revendication des droits civiques succède désormais une rétraction défensive et communautariste qui menace la cohésion de la société américaine. Un mouvement comme celui de Lewis Farakhan, Nation of Islam, loin de prôner l'intégration, milite pour une identité noire inscrite dans l'lslam et violemment teintée d'antisémitisme. En 1988, le pasteur noir Jesse Jackson est candidat à la présidence des États-Unis. Pour la première fois, la "deuxième Amérique" s'affirme au plus haut niveau du débat américain. En trois siècles, trois millions d'africains déportés depuis leur terre d'origine ont fait la richesse et la puissance des États-Unis par leur travail forcé.
Résultat du racisme en vers les noirs en Amérique, exemple : James Burn : Noir du Texas, traîné derrière un van par trois hommes blancs; décédé.
c) Brûlante actualité.
En avril 1992, à Los Angeles, des policiers blancs, jugés pour avoir violemment battu un Noir arrêté pour excès de vitesse, sont acquittés par les jurés blancs du tribunal. L'émeute est la réaction immédiate. Pendant deux jours, la capitale de la côte ouest vit une quasi-guerre civile entre la communauté noire et la police. Une quarantaine de personnes sont tuées.
En 1995, le procès de OJ Simpson, célèbre joueur noir de football américain et vedette de télévision, accusé du meurtre de sa femme blanche et acquitté, repropulse sur le devant de la scène l'actualité de la question noire aux États-Unis.
B) LES PRO ET ANTI-RACISTES.
1) MANDELA ET L'APARTHEID.
En février 1990, Nelson Mandela sort des prisons sud-africaines après vingt-sept années de captivité. Le plus célèbre prisonnier politique du monde devient président de l'Afrique de Sud en mai 1994.
a) Des lois racistes très strictes.
L'Apartheid est un mot africaans qui signifie "séparation". C'est au nom de ce principe que s'est ordonné de 1948 à1992 l'ordre social dans l'État sud-africain. Celui-ci a été le seul, avec l'État nazi, à s'être donné des lois racistes. Toute la vie quotidienne était rigoureusement codifiée par un ensemble de lois extrêmement précises pour chaque communauté, allant jusqu'aux bancs publics assignés à tel groupe racial. Tout citoyen devait détenir une carte d'identité précisant sa "race".
" Une personne de race blanche est toute personne qui l'est d'apparence et est acceptée comme telle et bénéficie de la commune renommée de l'être. " Cette loi, aujourd'hui caduque, a été modifiée en 1967 au profit de l'ascendance qui déterminait, plus que l'apparence, l'appartenance aux différents groupes raciaux. Les mariages inter-raciaux étaient interdits et les relations sexuelles entre Blancs et autres races étaient punies d'une peine pouvant atteindre sept ans de prison.
b) Inégalité des droits.
L'Apartheid organisait la hiérarchie des droits pour chaque catégorie raciale. Le pouvoir politique appartenait à la minorité blanche. Seuls les Blancs pouvaient siéger au Parlement. Les Asiatiques et les métis constituaient le milieu de l'échelle au bas de laquelle se trouvait la population noire. Celle-ci était parquée dans des zones d'habitation spécifique. Pour circuler en territoire blanc, les Noirs devaient présenter un laisser-passer. La théorie du "développement séparé" ne laisse aux Noirs que des emplois subalternes. L'enseignement obéit aux mêmes règles. Dans les bantoustans (nom des grandes réserves noires autonomes mais sous domination politique blanche en Afrique du Sud lors de L'Apartheid) les Africains noirs jouissaient de leurs droits politiques.
c) Des émeutes de Soweto à la fin de l'Apartheid.
Le système de l'apartheid, en contradiction totale avec les principes des Nations unies, a pu néanmoins jouir dune grande complaisance des États occidentaux jusqu'aux sanglantes émeutes de Soweto en 1976. Leur écho international a enfin forcé l'Europe et les États-Unis au boycott économique et à la cessation des livraisons d'armes. Soweto a marqué le début du mouvement irrésistible de désintégration de l'apartheid. Quatre millions de Blancs ne pouvaient espérer dominer indéfiniment douze millions de Noirs, deux millions de métis et un demi-million d'indiens. La disparition démocratique de l'apartheid permettra peut-être à l'Afrique du Sud de faire l'économie d'une fuite des Blancs, car ceux-ci ne disposent pas de patrie de rechange. Cette mosaïque ethnique est d'une immense complexité, où les populations noires sont elles mêmes partagées en une multitude de familles (bantou, hottentot, zoulou) et de langues. Elle jouit de grands atouts économiques. Mais rien ne peut garantir que cette prospérité, inégalement répartie, soit un gage de paix civile ou raciale.
2) MALCOLM X.

Homme politique américain, qui milita en faveur d'un État noir indépendant. Malcolm Little naquit à Omaha dans le Nebraska; son père, un pasteur baptiste, était un partisan actif du mouvement de Marcus Garvey, meneur nationaliste noir des années 1920. La famille Little s'installa à Lansing, dans le Michigan; après avoir reçu des menaces du Ku Klux Klan, le père de Malcolm fut assassiné, en 1931. Malcolm fut d'abord placé dans une famille d'accueil puis dans une école réformée. Huit ans plus tard, il alla vivre à Boston (Massachusetts), où il occupa plusieurs emplois avant d'être condamné, en 1946, à une peine de prison pour cambriolage. Pendant son incarcération, il s'intéressa aux enseignements d'Elijah Muhammad, le chef des Black Muslims, également connus sous le nom de Nation de l'islam, qui prônaient la séparation raciale. Quand Malcolm fut libéré, en 1952, il rallia une mosquée des Musulmans Noirs à Detroit, et prit le nom de Malcolm X, remplaçant son nom hérité de l'esclavage par un X, symbole du nom inconnu de ses ancêtres africains.
Au début des années 1960, la Nation de l'Islam était devenue célèbre et Malcolm en était le porte-parole le plus remarquable. Cependant, en 1963, les Musulmans Noirs lui imposèrent silence à cause de sa remarque après l'assassinat du président John F. Kennedy : "les poules retournent au poulailler pour rôtir!". L'année suivante, Malcolm se sépara de la Nation de l'Islam pour former un groupe nationaliste noir séculier, l'Organisation de l'unité afro-américaine (OAAU).
En 1964, Malcolm fit un hadj (pèlerinage) à La Mecque. Après ce voyage, il renonça à ses enseignements précédents, (qui stipulaient que tous les Blancs étaient mauvais), commença à prôner la solidarité raciale et prit le nom de El-Hadj Malik El-Shabazz. Le 21 février 1965, lors d'un discours devant des partisans de l'OAAU à New York, Malcolm fut assassiné, probablement par un membre des Blacks Muslims. Il avait collaboré avec Alex Haley à la rédaction de l'Autobiographie de Malcom X (1965).
3) MARTIN LUTHER KING.

Martin Luther King naquit à Atlanta, en Géorgie, le 15 janvier 1929. Il fut ordonné ministre baptiste à dix-sept ans, sortit diplômé du Séminaire de Crozer, en 1951, et poursuivit des études de troisième cycle à l'université de Boston. C'est alors qu'il fut amené à s'intéresser à l'uvre de Gandhi, dont les idées devinrent le cur de sa propre philosophie, fondée sur la non-violence. Il se maria en juin 1953 et, l'année suivante, accepta un poste de pasteur à l'église baptiste de Dexter Avenue à Montgomery, dans l'Alabama.
La même année, la Cour suprême des États-Unis proscrivit toute ségrégation dans l'enseignement public. À la suite de cette décision, le Sud, où les mesures discriminatoires étaient toujours appliquées, fut la cible d'un mouvement d'opposition sans précédent. En 1955, King fut invité à prendre la tête d'un mouvement de boycottage des autobus de Montgomery en protestation contre l'application de la ségrégation raciale dans les transports publics (une ouvrière noire, qui avait refusé de donner sa place à un passager blanc, venait d'être arrêtée). Martin Luther King fut arrêté, emprisonné et reçut de nombreuses menaces de mort. Le boycottage prit fin en 1956 grâce à une décision de la Cour suprême interdisant toute ségrégation dans les transports publics de la ville. Ce fut la première victoire manifeste de l'action non-violente. Il participa alors à la fondation de la Conférence des leaders chrétiens du Sud (SCLC), dont il reçut la présidence.
En 1960, King abandonna son pastorat à Montgomery pour partager avec son père la charge de pasteur de l'église baptiste d'Ebenezer à Atlanta, initiative qui lui permit de prendre une part plus active dans la direction nationale du mouvement pour l'égalité des droits. À cette époque, le leadership noir subissait une transformation radicale. Après avoir mis jadis l'accent sur la réconciliation, il réclamait maintenant le changement "par tous les moyens existants".
En 1963, Martin Luther King dirigea une importante campagne, en faveur des droits civils et de l'amélioration des conditions de vie des Noirs dans le Sud. Il fut à la tête de la marche historique sur Washington le 28 août 1963, pendant laquelle il prononça son célèbre discours en faveur d'une seule nation respectueuse des droits de tous, "I have a dream. My 4 little children one day live in a nation where they would not be judge by the colour of their Skin but by the counter of their character" ("Je fais un rêve qu'un jour mes quatre enfants vivront dans un pays où ils ne seront plus jugés sur la couleur de leur peau, mais sur leurs capacités."). Lauréat du prix Nobel de la paix en 1964, il fut assassiné à Memphis, dans le Tennessee, le 4 avril 1968.
4) HITLER ET LE NAZISME.
(voir l'extrait de "Mein Kampf")
a) Une doctrine officiellement raciste. Dans "Mein Kampf", rédigé en 1925, Hitler au-delà du discours influencé par l'exemple italien, explique l'histoire du monde, à partir de thèses racistes. Il distingue une "race supérieure" composée d'Aryens (Population indo-européenne identifiée dans les thèses racistes allemandes comme la race la plus créatrice composée d'hommes grands, blonds, à la tête allongée) des races influencées par les Aryens mais " abâtardies" (différentes nations européennes), et des races inférieures (les Slaves) destinées à être dominées par la race supérieure. À ces distinctions sans aucun fondement scientifique, il ajoute le mépris (pour les Noirs) ou la haine (pour les juifs).Il reprend ainsi des idées issues du XIXe siècle, croisant hiérarchisation des groupes ethniques et antisémitisme. Le juif est perçu à la fois comme celui qui souille la pureté raciale et comme celui qui profite de la crise économique et détruit la culture germanique.
b) Une dictature très rapidement mise en place.
Hitler est arrivé légalement au pouvoir en janvier 1933 à la suite d'une très forte poussée électorale en faveur du NSDAP (le Parti National Socialiste ou Parti Nazi) dans une Allemagne ravagée par la crise (40 % des travailleurs de l'industrie au chômage en 1932). En quelques mois, il transforme une république démocratique en une féroce dictature.
Les partis politiques, les syndicats sont dissous et interdits. Leurs dirigeants sont les premiers internés des camps de concentration (Dachau, Buchenwald) - Camp de travail créé entre 1933 et 1939 pour mettre à l'écart les opposants réels ou supposés du régime. A distinguer des camps d'extermination destinés à partir de 1942 aux juifs et aux Tziganes - .
Vers 1935, priorité est donnée à l'industrie d'armement et aux travaux d'équipement. Il s'agit de préparer la conquête nécessaire à l'espace vital de la "race aryenne".
c) La mise en oeuvre de la logique raciste transforme la société allemande.
La démocratie est remplacée par le Führerprinzip (le principe du chef). Le pouvoir ne peut appartenir qu'à la "race des seigneurs" (élite du parti nazi) et au chef de cette élite qui a prouvé, en prenant le pouvoir qu'il était le meilleur. L'Allemagne est ainsi soumise à une hiérarchie, dont Hitler représente le sommet de la pyramide. Il adopte le titre de Führer (guide) en 1934 alors qu'il est chancelier du Reich. Il est non seulement le premier représentant de l'État, mais il incarne aussi de manière presque mystique le peuple et la nation. Seule sa volonté a force de droit.De là découle la mise en application des aspects dramatiques des théories raciales de "Mein Kampf", avec un mépris total de la vie humaine et des droits individuels. La logique de la "pureté de la race" aboutit à la stérilisation puis à l'extermination en 1939 de personnes atteintes de maladies héréditaires. Les mariages et les relations sexuelles entre juifs et non-juifs sont interdits en 1935. Au contraire, les procréations d'enfants "purs" entre partenaires présentant les "critères aryens types" sont encouragés.
Les juifs sont exclus de la vie publique : Interdiction d'avoir accès à de nombreux emplois (1934), déchéance de la nationalité allemande (1935, lois de Nuremberg), contrôle de leurs biens économiques en 1937. En novembre 1938, la "nuit de cristal" organisée par le parti nazi voit la destruction des synagogues et des magasins juifs. 20 000 personnes sont internées dans les camps. Les 375 000 juifs vivent désormais dans un "ghetto sans mur".
5) KU KLUX KLAN.

Ce regroupement raciste, fondé en 1865 aux Etats Unis, était destiné à effrayer les noirs. Les membres du Ku Klux Klan organisent encore parfois, des cérémonies étranges et ridicules, surtout dans le sud des Etats Unis. Coiffés de cagoules blanches, ils font brûler la nuit d'immenses croix et brandissent des torches enflammées. Au cours de ces cérémonies, ils organisent, en hurlant très fort et en gesticulant, des expéditions "punitives" contres des noirs. Le but est de leur causer des grandes frayeurs. Mais il faut ajouter que, très souvent, les membres du Ku Klux Klan participaient à des lynchages de noirs soupçonnés de crimes imaginaires.
1) LE KU KLUX KLAN.
Cette organisation terroriste clandestine reprit force au XXe siècle à un échelon géographique beaucoup plus important. Le Klan d'origine fut fondé à Pulaski (Tennessee) le 24 décembre 1865, par six anciens officiers de l'armée des confédérés, qui donnèrent à leur organisation un nom dérivé du mot grec kuklos ("cercle"). Ses activités se dirigèrent très rapidement contre les gouvernements de la Reconstruction républicaine et leurs chefs (blancs et noirs), qui prirent le pouvoir dans les États sudistes en 1867.a) Cibles et tactiques d'origine.
Les membres du Klan accusaient les gouvernements de la Reconstruction d'être hostiles et oppressifs. Croyant, par principe, en l'infériorité innée des Noirs, ils ne purent jamais accepter que d'anciens esclaves puissent accéder à l'égalité civique et à des fonctions politiques. Ainsi, le Klan devint une organisation illégale dont le but était de détruire les gouvernements de la Reconstruction, de l'État de la Caroline à celui de l'Arkansas. Revêtus de robes ou de draps et portant des masques surmontés de cagoules pointues, les membres du Klan semèrent la terreur. Ils éloignaient ainsi les officiers publics de leurs fonctions, empêchaient les Noirs de voter, d'occuper un poste et d'exercer leurs droits politiques récemment acquis (1865). Il était courant de voir les membres du Klan brûler des croix en haut des collines et à proximité des habitations de ceux qu'ils souhaitaient effrayer. Lorsque de telles tactiques ne suffisaient pas à produire les effets voulus, les victimes pouvaient être flagellées, mutilées ou lynchées. Le Klan soutenait que ses activités étaient des mesures nécessaires à la défense de la suprématie blanche.
Les membres du Klan, réunis en une convention secrète à Nashville (Tennessee) en 1867, adoptèrent une déclaration de principes exprimant leur loyauté à la Constitution des États-Unis et à son gouvernement, et affirmant la détermination du Klan à "protéger les faibles, les innocents et les sans défense, etc.; à secourir les blessés et les opprimés [et] à soulager les souffrances". Le Klan adopta le nom d'Empire invisible et désigna un chef suprême, appelé Grand Sorcier de l'Empire, qui exerçait un pouvoir autocratique et était assisté de dix Génies. Les autres principaux officiers du Klan étaient le Grand Dragon du Royaume, assisté de huit Hydres, le Grand Titan du Dominion, assisté de six Furies, et le Grand Cyclope de la Caverne, assisté de deux Engoulevents.
De 1868 à 1870, les troupes fédérales d'occupation se retirèrent des États du sud, les régimes radicaux furent remplacés par des administrations démocratiques et le Klan fut de plus en plus dominé par les éléments extrémistes. Les organisations locales, appelées Klaverns, devinrent si incontrôlables et violentes que le Grand Sorcier, l'ancien général confédéré Nathan B. Forrest, décida de dissoudre officiellement le Klan en 1869. Les Klaverns, cependant, continuèrent d'agir seules. En 1871, le Congrès fit adopter la Force Bill pour renforcer le quatorzième amendement de la Constitution américaine, qui garantissait les mêmes droits pour tous les citoyens. La même année, le président Ulysses S. Grant publia une déclaration demandant à toutes les organisations illégales de se désarmer et de se dissoudre; par la suite, des centaines de membres du Klan furent arrêtés. Les Klaverns restantes disparurent progressivement à mesure que la subordination politique et sociale des Noirs était rétablie.
2) L'EMPIRE INVISIBLE, LES CHEVALIERS DU KU KLUX KLAN.
Le nom, les rites et certaines des attitudes du Klan d'origine furent adoptés par une nouvelle confrérie qui vit le jour en Géorgie en 1915. Le nom officiel de la nouvelle société, organisée par un ancien pasteur, le colonel William Simmons, fut l'Empire invisible, les Chevaliers du Ku Klux Klan. Tous les hommes âgés de seize ans minimum, nés aux Etats-Unis, blancs et protestants pouvaient y entrer. Les Noirs, les catholiques et les juifs en étaient exclus, et devinrent les cibles des campagnes de diffamation et des persécutions du Klan. Jusqu'en 1920, l'organisation n'exerça qu'une faible influence. Puis, dans la période de bouleversement économique et d'instabilité politique et sociale qui suivit la Première Guerre mondiale, le Klan grandit rapidement dans les zones urbaines. Il devint actif dans de nombreux États. Bien que le Klan prônât partout et farouchement la suprématie blanche, il dirigea ses attaques sur tout ce qu'il considérait comme étranger. Il visa plus particulièrement l'Église catholique, qui, disait-il, menaçait les habitudes et les valeurs traditionnelles américaines. Les non-protestants, les étrangers, les libéraux, les syndicalistes et les grévistes furent tous dénoncés comme éléments subversifs.Comme son prédécesseur, le Klan brûlait des croix pour effrayer ses victimes. Les membres du Klan défilèrent aussi dans les rues de plusieurs villes en brandissant des pancartes qui menaçaient certaines personnes de punitions diverses et qui en enjoignaient d'autres de quitter les lieux. De nombreuses personnes furent enlevées, battues, mutilées et même tuées par le Klan. Il y eut très peu de poursuites contre des membres du Klan et, dans certaines localités, ils furent même encouragés par les responsables locaux.
Des révélations publiées dans la presse sur les crimes commis par le Klan et sur la corruption et l'immoralité de ses dirigeants, conduisirent à une enquête du Congrès en 1921. Pendant un temps, le Klan changea de tactique. Après 1921, il connut une croissance rapide du nombre de ses adhérents et exerça une certaine influence politique à travers le pays. En 1924, le Klan atteignit son apogée, avec trois millions de membres. Cette année-là, une motion dénonçant le Klan fut présentée à la convention nationale du Parti démocrate. Elle déclencha une vive controverse et fut finalement rejetée.
Dans le milieu des années 1920, une direction incohérente, un conflit interne, la violence et l'immoralité du Klan nuisirent sérieusement à sa réputation. Une opposition politique accrue en découla. En l929,il ne comptait plus que quelques milliers de membres. Au cours de la dépression économique des années 1930, le Ku Klux Klan resta actif à petite échelle; il s'en prit essentiellement aux syndicalistes dans le Sud et tenta d'empêcher les Noirs d'user de leur droit de vote. En 1940, le Klan s'allia à la German-American Bund, une organisation financée en partie par le gouvernement de l'Allemagne nazie, pour tenir un grand rassemblement à Camp Nordland (New Jersey).
Après l'entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, le Klan déclina. En 1944, il se dispersa officiellement quand il fut incapable de payer les arriérés de taxes qu'il devait au gouvernement fédéral. La reprise des activités du Klan après la guerre suscita un fort courant d'opinion en faveur de la suppression de l'organisation et son bastion national, la Géorgie, révoqua la charte du Klan en 1947. Après la mort de son plus important dirigeant d'après-guerre, Samuel Green, le Klan éclata en plusieurs groupuscules indépendants et concurrents. Ces derniers, bien souvent, ne duraient pas assez longtemps pour figurer dans la liste des organisations subversives émise par l'Attorney général (ministre de la Justice) des Etats-Unis.
3) ACTIVITES RECENTES.
La Cour suprême des Etats-unis, en déclarant le 17 mai 1954 que la ségrégation raciale dans les écoles publiques était anticonstitutionnelle, incita le Klan à de nouvelles tentatives de recrutement et de violence, mais il ne parvint pas à renaître de ses cendres. Le Klan n'attira plus que les éléments marginaux de la société et resta plus un symbole qu'un mouvement d'opposition.
Alors que le mouvement des droits civiques gagnait de l'importance à la fin des années 1950 et que la résistance à l'intégration commençait à faiblir dans l'ensemble du Sud, le Klan continua son opposition farouche aux programmes de droits civiques. Il fut impliqué dans bon nombre d'actes de violence raciale, d'intimidation et de représailles. Après l'adoption de la loi sur les droits civiques et l'égalité des chances, en 1964, il connut une forte augmentation de ses adhésions. En 1965, on estimait à 40 000 le nombre de ses membres.
Au milieu des années 1970, le Klan avait retrouvé un peu de respectabilité dans le Sud.
Des membres reconnus du Klan se présentèrent à des postes publics, rassemblant un nombre considérable de voix. Environ quinze organisations distinctes existaient, parmi lesquelles les Chevaliers du Ku Klux Klan, les Klans unis d'Amérique et le Klan national. Une résurgence de la violence du Klan se fit sentir à la fin des années 1970 et, en 1980, un bureau du Klan s'ouvrit à Toronto, au Canada. Le nombre total des membres fut estimé à environ 5 000 à la fin des années 1980. Un ancien grand sorcier du Klan, David Duke, fut élu au parlement de Louisiane en 1989 mais échoua lors de l'élection du gouverneur de cet État en 1991.
6) LE PEN ET LE FN.
(voir comparaison le Pen/Hitler, propos de le Pen et décryptage de ses discours)
L'émergence du FN sur le devant de la scène politique date des élections européennes de 1984, où il obtient 10.95% des suffrages et 10 sièges au Parlement européen. Ce succès électoral correspond à un élargissement de sa base militante, avec l'arrivée de transfuges du Rassemblement Pour la République (RPR) et de l'Union pour la Démocratie Française (UDF), de déçus du socialisme, et à la stabilisation de son programme politique.Le FN est alors un parti de militants, hiérarchisé et fortement structuré autour de la figure de son chef charismatique, Jean-Marie Le Pen. Sa doctrine politique est nationaliste, anticommuniste et antiparlementaire. Sous le slogan " La France aux Français ", il focalise son discours sur les problèmes du chômage et de l'insécurité, et propose de les résoudre par le retour des immigrés dans leur pays d'origine. Selon le FN, cette politique permettrait de créer des emplois, d'affecter les HLM aux Français qu'il dit " de souche ", de rétablir l'ordre et de protéger l'identité nationale.
Les valeurs de la famille, du civisme, la morale chrétienne et une justice plus sévère (rétablissement de la peine de mort) constituent le cadre idéologique de cette politique. De plus, s'il accepte la République, Le Pen la conçoit sans intermédiaire entre le dirigeant et le peuple. Sur le plan économique, le programme du FN est celui du libéralisme économique, du strict maintien de l'État dans ses fonctions régaliennes, de la suppression de l'impôt sur le revenu.
Ce programme permet au FN de s'implanter durablement sur la scène politique et de voir son influence augmenter régulièrement. Aux élections législatives, il obtient 9,8 % des suffrages (35 députés) en 1986, favorisé par le mode de scrutin proportionnel; 9,7 % des suffrages (1 député) en 1988; 12,7 % des suffrages (pas de député) en 1993; et enfin 15,2 % des suffrages (1 député) en 1997. Cette évolution indique un élargissement de sa base électorale qui, par ce vote protestataire, sanctionne les partis de gouvernement.
Malgré les nombreuses condamnations de ses dirigeants - telle que celle de la cour d'appel de Versailles qui condamne Jean-Marie Le Pen, le 18 décembre 1991, à 100 000 F de dommages et intérêts pour avoir affirmé, lors de l'émission "Le grand jury RTL-Le Monde " du 13 septembre 1987, à propos de la contestation de l'existence des chambres à gaz par des écrivains révisionnistes : " Je n'ai pas étudié la question mais je crois que c'est un point de détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale", la réorganisation du parti et un militantisme local actif permettent au FN de fidéliser ces électeurs et de gagner des élections locales : en 1989, le FN avait remporté la municipalité de Saint-Gilles (Gard), en juin 1995, il remporte celles de Vitrolles et Marignane (Bouches-du-Rhône), Toulon (Var) et Orange (Vaucluse), en faisant campagne sur le thème de la préférence nationale.
Les résultats électoraux du FN sont désormais comparables à ceux obtenus par son dirigeant : Jean-Marie Le Pen obtient 14,4 % des suffrages lors de l'élection présidentielle de 1988, et 15 % des suffrages en 1995. Celui-ci commence désormais à voir son rôle contesté au sein du parti, alors qu'il en était auparavant l'étendard. Autour de Bruno Mégret, une nouvelle stratégie de respectabilité et d'alliance avec la droite classique semble se mettre en place, ce qui permet au FN aux élections régionales de mars 1998, où il remporte 15,2 % des suffrages et 275 sièges dans l'ensemble des 22 Régions françaises, de jouer le rôle d'arbitre pour l'élection des présidents de conseils régionaux et la constitution de leurs exécutifs. Mais, en décembre 1998, la contestation du pouvoir de Jean-Marie Le Pen s'intensifie pour aboutir à l'exclusion de Bruno Mégret et de ses principaux partisans. Les " mégrétistes " annoncent alors la tenue d'un congrès extraordinaire du Front national en janvier 1999 à Marignane (Bouches-du-Rhône). Qualifié d'" illégitime" par Jean-Marie Le Pen, ce congrès entérine la scission du Front national et la naissance d'un nouveau parti d'extrême droite, le Front national-Mouvement national (FN-MN) dirigé par Bruno Mégret. Aux élections européennes de juin 1999, le FN obtient 5,74 % des voix et 5 sièges alors que le nouveau parti de Bruno Mégret obtient 3,31 % des voix. Aux présidentielles de 2002, le 21 mars, Jean-Marie le Pen obtient 17% des suffrages exprimés et passe au deuxième tour de l'élection présidentielle, à laquelle il remporte 17,95% des suffrages exprimés (soit 5,5 millions de voix) !